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RESUME CHRONOLOGIQUE

Ali Adeli fut l'un des artistes surprenants du 20e siècle, imposant sa signature personnelle et raffinée à travers des disciplines aussi variées que l’art, l’art graphique, l'architecture, l'architecture d’intérieur, et le design.

Son parcours, peu commun et profondément tragique, ne manqua pas d'étonner.

Un journaliste suisse a dit un jour, Ali Adeli était un artiste aux mille facettes.

Mais était-ce bien suffisant pour décrire l'étendue de son génie créatif ?
Ali Adeli, né le 28 avril 1946 à Téhéran, grandit au sein d'une famille nombreuse. Dès l'âge de huit ans, il développe une passion pour le dessin, bien que son père, militaire de profession, désapprouvât cette vocation.

À 16 ans, malgré l'opposition de son père, il intègre l'École des Beaux-Arts de Téhéran. Un an plus tard, la mort subite de son père, survenue à la suite d'une crise d'asthme, l'obligea à prendre en charge sa mère et ses cinq sœurs.

Il poursuivit alors ses études tout en travaillant dans des ateliers de peinture afin de subvenir à leurs besoins. Grâce à sa passion et à son travail acharné, il remporta le premier prix dans presque toutes les disciplines de l'école, notamment en peinture, sculpture et miniature.

1962 - 1970 / BEAUX ARTS & ARTS DECORATIFS

Un diplôme de l’École des Beaux-Arts de Téhéran ne lui suffisait pas. Après y avoir étudié de 16 à 20 ans, Ali Adeli décida de poursuivre sa formation en architecture d’intérieur à l’École des Arts Décoratifs de Téhéran, où il étudia de 20 à 24 ans.

Parallèlement, il demeura fidèle à sa passion pour la peinture et continua à participer à diverses expositions et galeries.

Pendant ses études, il se distinguait non seulement par son talent mais aussi par son esprit de camaraderie.

En effet, il participait régulièrement à des expositions organisées dans le cadre de l'académie, souvent aux côtés des autres étudiants.

Ces moments d'échange et de collaboration ont nourri son évolution artistique, en l'imprégnant de diverses influences tout en affirmant sa propre vision.

"La Femme Orange Rouge" - Toile à l'huile
Collection de la famille Adeli
Montreux - Suisse

En 1970, après avoir terminé ses études en beaux-arts et arts décoratifs, Ali Adeli remporta le premier prix du concours "Création artistique de palais des jeunes", un événement réunissant les jeunes artistes les plus talentueux de l'Iran. Cette distinction marqua un tournant dans sa carrière.

À l'âge de 24 ans, il fut nommé professeur à l’École des Arts Décoratifs. Tout en consacrant une partie de son temps à l'enseignement, il créa une petite série de tableaux abstraits, marquant un tournant dans son parcours artistique.

Ces œuvres, d'une grande subtilité, révèlent un style personnel où formes et couleurs se détachent de la représentation pour exprimer des émotions pures.

Avant de rejoindre le prestigieux cabinet d'architecture Ghiai, cette période de création lui permit d'affirmer son identité artistique.

1972 - 1979 / DE L'ARCHITECTURE ROYALE A LA TEMPETE POLITIQUE

En 1972, Ali Adeli se marie et rejoint l'un des plus prestigieux bureaux d'architecture de Téhéran, dirigé par le célèbre architecte perse Ghiaï, un proche de la famille royale iranienne. Dans ce cadre, il se voit confier des projets d'envergure, dont certains destinés à la famille royale elle-même.

Deux ans plus tard, en 1974, tandis que nait son premier enfant, il prend une décision importante : fonder son propre cabinet en partenariat avec le fils d'un ambassadeur iranien. Jusqu'en 1979, il dirige une série de projets prestigieux, parmi lesquels la conception de villas, d'hôpitaux, de restaurants, ainsi que plusieurs projets pour la famille royale.

Quelques mois avant la révolution, son talent attira l'attention de Shams Pahlavi, la sœur aînée du Shah. Elle lui proposera de prendre en charge plusieurs projets d'envergure. Il raconta notamment qu'un jour, avant de monter dans l'hélicoptère, elle lui serra la main et lui dit qu'elle se réjouissait de la collaboration avec un architecte talentueux d'origine perse, remplaçant ainsi les architectes italiens avec lesquels il était coutume de travailler jusque-là.

Hélas, Shams Pahlavi ne revint jamais de ce voyage, car la révolution islamique de 1979, qui bouleversa l'ordre politique et social de l'Iran, changea brusquement le cours de sa vie et de sa carrière.



Perspective à la main
Projet pour le palais du Shah
1973 / Téhéran – Iran

En 1979, la révolution islamique bouleverse l’Iran, entraînant une répression sévère de l’art et de la culture. Pour Ali Adeli, artiste habitué à une grande liberté créative, c’est un choc.

Alors que la révolution est en cours, la guerre Iran-Irak éclate, plongeant le pays dans la destruction et l’incertitude. Le climat de guerre et de censure rend toute activité artistique impossible, et la carrière d’Ali Adeli semble brusquement interrompue.

Face à cette situation, il décida de quitter l’Iran du jour au lendemain. Après un périple éprouvant, en passant notamment par Karachi et Londres, il trouva finalement refuge en Suisse.

1981 - 1983 / RENOUVEAU EN SUISSE: L'ART DU MURANO A L'HONNEUR

Lustre Murano Glass
Design de Ali Adeli
1983 / Genève - Suisse

Par le biais d'anciennes relations iraniennes, Ali Adeli fut introduit auprès d’une firme genevoise et s’installa ainsi dans la cité de Calvin en 1981, où il commença à collaborer avec cette entreprise spécialisée notamment dans le "Murano Glass", le fameux art verrier de Venise.

Durant cette collaboration, il repoussa les limites de sa créativité en concevant des lampes et des chandeliers innovants.

Ses créations, alliant savoir-faire technique et design élégant, rencontrèrent rapidement un grand succès, séduisant une clientèle variée.

Entre-temps, Ali Adeli dessina également, au sein de la même entreprise, des objets de décoration raffinés destinés à une clientèle du Moyen-Orient. Inspirées par l’art traditionnel oriental, ses créations étaient conçues avec une attention méticuleuse aux détails et un sens aigu de l’élégance.

Utilisant des matériaux nobles et des techniques artisanales de haute qualité, il créa des pièces qui alliaient sophistication et fonctionnalité. Qu’il s’agisse de vases, de lampes ou d’autres éléments décoratifs, chacune incarnait un équilibre subtil entre formes classiques et influences contemporaines.

Tandis qu’il entamait cette nouvelle aventure professionnelle, sa famille demeurait en Iran, sous l’ombre persistante du régime révolutionnaire, jusqu’en septembre 1983.

1985 - 1986 / L'INSPIRATION FRIBOURGEOISE

En 1984, Ali Adeli accepta de remplacer un ancien confrère dans la petite ville de Fribourg en tant que conseiller artistique pour un projet de livre. Il s’y installa avec sa famille, mais cette collaboration ne dura qu’une année.

En 1985, en quête de nouvelles opportunités, il se rendit aux États-Unis pour explorer le marché américain. Après un premier passage à Washington, puis en Californie, il choisit finalement cette dernière et de déménager à Los Angeles avec sa famille durant l’été de la même année.

Cependant, la grossesse de sa femme bouleversa leurs plans. Trois mois à peine après s'être installé aux Etats-Unis, il décide de retourner en Suisse. De retour à Fribourg, il se consacra à partir de là à sa famille tout en réalisant une nouvelle série de tableaux à l’huile.

Alliant surréalisme et natures mortes, ses œuvres se distinguent par des jeux de couleurs et une harmonie unique, capturant l’attention par leur profondeur et leur richesse visuelle. Ce retour en Suisse marqua un nouveau tournant dans son parcours artistique.

Ses tableaux, vibrants de couleurs, mêlent motifs floraux, scènes de fruits éclatants et paysages, oscillant entre abstraction et réalisme. Chaque nuance capte la lumière et l’énergie de la nature environnante, traduisant son émerveillement pour la beauté de la Suisse, au-delà même de la vieille ville de Fribourg et de son architecture historique.

Ces œuvres incarnent la fusion parfaite entre son regard artistique unique et son lien profond avec la lumière, les formes et la richesse naturelle qui l’entourent.

"Orchidée" - Toile à l'huile
Collection de la famille Adeli
Fribourg - Suisse

1986 - 1987 / A LA CONQUETE DE L'AMERIQUE

En avril 1986, après la naissance de son deuxième fils, Ali Adeli décida de repartir aux États-Unis, cette fois-ci seul, pour relancer sa carrière en architecture d’intérieur et design.

À son arrivée à Los Angeles, plusieurs entreprises s’intéressèrent à son travail, renforçant sa décision de son retour en Amérique. Il convainquit sa femme de rester à Fribourg avec les enfants, pendant qu'il se partagerait entre ses projets aux États-Unis et ses séjours en Suisse.

Peu après son arrivée, la société J.P. Barich et Suzanne Dahl lui confia la réalisation de décors pour des films et la série "Dynastie". Ses créations, considérées comme des œuvres d’art, marquèrent son style unique : l’art appliqué à l’architecture. Grâce à la mise en avant sur les catalogues de la société, ses projets trouvèrent une diffusion sur la côte ouest des États-Unis, accroissant sa notoriété.

Grâce à cette collaboration avec J.P. Barich et Suzanne Dahl, Ali Adeli attira l’attention de l'entreprise Walter Jenkins, active dans la transformation automobile, qui lui confia un défi audacieux : réinventer la Lincoln Continental en trois versions exclusives.

Sans expérience automobile, mais fidèle à sa vision du design, il conçut :

- Une limousine allongée pour le transport VIP.
- Une coupé de ville pour une élégance à ciel ouvert.
- Un landaulet combinant luxe et raffinement pour les cérémonies officielles.

Son travail illustre l’essor de la personnalisation automobile, redéfinissant le prestige de la Lincoln Continental.

Lincoln Continental - Modèle Landaulet réalisée
1986
Los Angeles – USA

Ali Adeli explore également l'univers de l'Art Déco en recevant la commande de 50 pièces en édition limitée pour une galerie de Los Angeles.

Il crée et réalise une série de tableaux servant de portes pour un meuble buffet, en utilisant des techniques innovantes telles que la peinture giclée en laquage, ainsi que l'utilisation de feuilles d'or et de surfaces blanches dégradées avec des coquilles d'œufs, ajoutant une dimension unique et particulière à ses compositions.






Le parcours d’Ali Adeli a connu de nombreuses péripéties, et lorsque les révolutions ne sont pas politiques, elles sont économiques.

Le krach boursier de 1987 le prive d’un contrat pharaonique qu’il était sur le point de conclure avec un client actif dans la bourse pour un grand projet d’architecture d’intérieur en Californie.

Profondément affecté par cette immense déception, il décide de revenir en Suisse et de s’installer à nouveau à Fribourg avec sa famille, un lieu où il se sentait en harmonie.

C’est là qu’il décida d’ouvrir son atelier et sa propre galerie, à proximité de la majestueuse cathédrale Saint-Nicolas qu’il avait toujours admiré.

 

1987 - 1988 / RETOUR A FRIBOURG & L'OR DANS L'ART

Dans son nouvel atelier, il commença à créer d’autres œuvres, s’inspirant toujours de son expérience avec la série de tableaux Art Déco réalisés pour son dernier client américain, centrés sur le thème des personnages, en utilisant la technique des feuilles d’or et des coquilles d’œufs.

Il réalisa toute une série d’œuvres et reçut régulièrement des commandes de divers clients.

 

Durant cette période, Ali Adeli explore le bas-relief en plâtre, qu’il grave avec soin avant de le recouvrir de feuilles d’or.

L’application délicate de peinture acrylique sur cette base crée un contraste fascinant entre la lumière de l’or et la fluidité des couleurs.

Le vernis final intensifie l’éclat de l'œuvre, fusionnant tradition et modernité dans une création où chaque nuance se fond parfaitement.

1988 - 1991 / LA GÉOMÉTRIE CRÉATIVE": L'INNOVATION D'ALI ADELI

L'année suivante, fort des techniques expérimentées sur la série dorée, il s'isola dans son atelier pendant plusieurs mois afin de créer une nouvelle ligne de tableaux géométriques, inspirée de Victor Vasarely, en éditions limitées.

À la manière de la peinture automobile, il utilisa un compresseur pour appliquer les couleurs.

Sa philosophie était claire : "Cette ligne peut être transposée sur n'importe quel objet : tables, miroirs, chaises, luminaires ou autre objet."

Son style unique fusionnait l'expérience qu'il avait acquise en art, en architecture et en design, à travers ses années de travail sur plusieurs continents. Et ce fut à ce moment que nait sa marque "Adeli Création".
Entre-temps, il prit part à de nombreuses expositions à travers plusieurs villes de Suisse, où ses créations captivèrent l'attention de collectionneurs privés. Ces derniers n'hésitèrent pas à acquérir plusieurs de ses œuvres. Parallèlement, ses travaux attira également l'intérêt industriels, qui sollicitèrent son expertise pour la conception de faux plafonds, de parois métalliques, de salles de bains innovantes et de miroirs sur-mesure.

"Collection des Géométries" - Design de Miroirs
1989
Fribourg - Suisse

1993 - 1997 / LE DERNIER HORIZON : L'IRAN RETROUVÉ

Ali Adeli était toujours à la recherche de nouvelles motivations et inspirations. C'est ainsi qu'en 1993, arrivé au bout d'un énième cycle artistique en Suisse, il décida de se relancer en Iran, son pays d'origine, après douze ans d'absence.

Du point de vue professionnel, son retour, initialement risqué, fut une pari réussi. Repéré par des promoteurs immobiliers, il fut notamment choisi pour réinventer le projet d’une tour de 13 étages, le "Park Miniature", après que ceux-ci eurent rompu avec l’architecte initial. Il evisita la façade et le design intérieur, marquant ainsi de son empreinte unique ce projet, qui reste aujourd’hui l’une des tours les plus connues de Téhéran. Depuis son bureau installé sur place, il supervisa également la création de deux penthouses au sommet du même immeuble.

Mais ce retour au pays fut pour lui également la dernière escale de son rocambolesque parcours fait d'aller-retour entre l'Amérique, l'Europe et l'Iran. Car en septembre 1997, seul au volant de sa voiture dans la région de Hamadan au nord-ouest de l'Iran, un tragique accident mit brusquement fin au cours de sa vie. Sa disparition à 51 ans, aussi soudaine qu’inattendue, s’opéra dans le silence qu’il s'était toujours souhaité, une mort rapide et sans souffrance, mais marquée par un départ prématuré, laissant son épouse et ses deux fils en Suisse orphelin de leur père.

Ali Adeli laisse derrière lui un héritage architectural et artistique d’une profondeur et d’une richesse inouïe. Un témoignage éternel de sa vision créative et de son génie.