HISTOIRE DE L'ARTISTE
ALI ADELI : UNE VIE D'ART, DE DESIGN ET D'ARCHITECTURE
JEUNESSE ET PREMIÈRE VOCATION ARTISTIQUE (1946 – 1966)
Ali Adeli naquit le 28 avril 1946 à Téhéran, dans une famille nombreuse. Il grandit aux côtés d’un frère aîné et de cinq sœurs, sous l’autorité d’un père militaire et d’une mère au foyer. Dès l’âge de huit ans, il se passionne pour le dessin. Cependant, son père, désapprouvant cette vocation, le décourageait constamment, convaincu qu’une carrière artistique n’offrait aucun avenir. Cette opposition se renforça lorsque son frère aîné, sans le même talent, tenta la peinture et, confronté à l’échec, fut renvoyé de l’École des Beaux-Arts, abandonnant définitivement cette voie. Cette expérience conforta leur père dans sa conviction que l’art n’était pas une carrière viable.
À l’âge de seize ans, malgré l’opposition paternelle, Ali intégra l’École des Beaux-Arts de Téhéran. Un an plus tard, à dix-sept ans, la mort prématurée de son père, emporté par une crise d’asthme, bouleversa la famille. Son frère aîné ayant quitté le foyer, Ali dut assumer la lourde responsabilité de prendre en charge sa mère et ses cinq sœurs. Pourtant, il persista dans ses études. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il travailla dans divers ateliers de peinture, où il eut l’opportunité de côtoyer des artistes renommés de Téhéran. Grâce à son travail acharné et à sa passion, il obtint le premier prix dans plusieurs disciplines de son école, notamment en peinture, sculpture et miniature.
SERVICE MILITAIRE ET PREMIÈRE RÉUSSITE PROFESSIONNELLE (1970-1974)
En 1970, après avoir achevé ses études, Ali Adeli effectua son service militaire. Six mois plus tard, il se distingua à nouveau par son talent, et les officiers, impressionnés, le désignèrent chef d’un projet architectural pour une base militaire destinée au ministre de la Défense.
En 1972, il rejoignit le cabinet de Ghiaï, l’un des architectes les plus prestigieux de Téhéran, qui détenait la majorité des grands projets, notamment pour la famille royale. Là, ses talents exceptionnels ne passèrent pas inaperçus. Il attira rapidement l’attention de la monarchie, notamment grâce à une de ses œuvres : une perspective de projet pour l’un des palais les plus importants de l’époque. Le Shah d’Iran en fut tellement séduit qu’il choisit de conserver le dessin original dans son bureau personnel, où il disait l’admirer plusieurs fois par jour.
Cette reconnaissance royale constitua un tournant majeur dans sa carrière. Parallèlement, Ali Adeli devint conseiller artistique et architecte d’intérieur au sein du bureau de Ghiaï, où il imprima sa marque personnelle sur plusieurs projets emblématiques.
Sa vision et son expertise apportèrent une nouvelle dimension à l’architecture intérieure, alliant fonctionnalité et esthétique avec un sens aigu du détail. Cela renforça sa réputation au sein des plus hautes sphères de la société iranienne.
UN NOUVEAU TOURNANT À FRIBOURG (1984)
En 1984, un appel d’un ancien collègue de l’École des Beaux-Arts vint bouleverser son quotidien. Celui-ci lui proposa de le remplacer au sein d’une société iranienne à Fribourg en tant que conseiller artistique pour un projet de livre, car il était retenu en Iran pour d’autres affaires. Ali Adeli accepta la proposition, motivé par le désir d’aider son ami et par la confiance personnelle qu’il lui accordait.
Il quitta Genève pour s’installer à Fribourg avec sa famille. Même si sa collaboration avec cette entreprise ne dura qu’une année, ce transfert marqua quand même un tournant dans sa vie, cette ville devenant plus tard là ou sa famille s’épanouira à long terme.
A LA CONQUÊTE DE L’AMÉRIQUE (1986 – 1987)
En avril 1986, après la naissance de son deuxième fils Kourosh, Ali Adeli prit la décision de repartir aux États-Unis, seul, dans le but de relancer sa carrière dans l’architecture d’intérieur et le design. Il envisageait de faire des allers-retours entre la Suisse et les États-Unis, séparant ses projets professionnels sur un continent et sa famille sur l’autre.
A Los Angeles, plusieurs entreprises montrèrent rapidement un vif intérêt pour son travail, renforçant ainsi son choix de se lancer aux États-Unis. Les opportunités qui s’offraient à lui semblaient bien plus prometteuses qu’en Suisse.
L’une des premières rencontres professionnelles marquantes d’Ali Adeli en Californie fut avec la société de J.P. Barich et Suzanne Dahl, spécialisée dans les décors pour Hollywood. Ils lui confièrent la création de quatre décors pour des films, ainsi que pour la célèbre série télévisée Dynastie. Ses créations furent rapidement perçues comme des œuvres d’art, et il fit de cette approche sa marque de fabrique : l’art appliqué à l’architecture.
Les projets qu’il réalisa pour Barich & Dahl furent imprimés dans le catalogue officiel de l’entreprise, diffusé sur toute la côte ouest des États-Unis, et contribuèrent à accroître sa renommée.
Plus tard dans l’année, Ali Adeli fait la connaissance de l’entreprise spécialisée Walter Jenkins. via Barich & Dahl, qui lui confie un défi audacieux, à savoir réinventer la Lincoln Continental en trois versions uniques.
Impressionné par son expertise, le responsable de l’entreprise lui proposa de relever ce défi. Bien qu’il n’ait aucune expérience dans le domaine automobile, Ali Adeli accepta, convaincu que tout grand designer doit être capable de créer dans n’importe quel secteur. Il se lança ainsi dans ce projet, alliant créativité et innovation pour redéfinir un symbole du luxe américain.
Il conçoit ainsi :
– Une limousine allongée, majestueuse, destinée aux plus grandes personnalités.
– Un coupé de ville, où l’élégance d’un toit ouvert séduit les passagers.
– Un landaulet, fusionnant raffinement et luxe pour les événements prestigieux.
Grâce à sa vision unique, Ali Adeli transforma la Lincoln Continental en une véritable œuvre d’art roulante, confirmant ainsi son talent dans des domaines aussi variés que l’architecture, le design et l’automobile.
Les propositions se succédaient, chacune dans un domaine différent, ce qui stimulait constamment sa créativité. Après les limousines, la galerie « Angel International Fine Art Inc. » de Los Angeles lui commanda la réalisation d’une cinquantaine de tableaux numérotés en édition limitée, inspirés d’un dessin Art Déco existant. L’œuvre, intitulée L’Homme et la Femme, était réalisée sur un support en bois, laqué ensuite en noir. Une fois la composition achevée, il recouvrait certaines parties de feuilles d’or et d’argent, en harmonie avec d’autres teintes. Les parties blanches en dégradé étaient composées de coquilles d’œufs, une technique innovante qu’il appréciait particulièrement.
Ces nouveaux défis artistiques, ainsi que l’exploration de techniques et de matériaux inédits, lui apportèrent une grande satisfaction. En moins d’un an, tous ces projets furent réalisés. Cependant, l’éloignement constant de sa famille et le rythme effréné de ses voyages commencèrent à le faire douter.
C’est à ce moment qu’il rencontra un homme d’affaires iranien, qui lui proposa de concevoir l’intérieur de son appartement dans le luxueux Wilshire House à Beverly Hills. Nombre des appartements de cet immeuble étaient occupés par des célébrités hollywoodiennes.
Ce projet représentait une occasion en or, et les honoraires potentiels étant considérables, il fut motivé à continuer ses allers-retours entre l’Amérique et la Suisse. En seulement un mois, il conçut les plans de l’appartement et conclut un accord avec la firme allemande Trüggelmann pour le mobilier. Il pensa l’espace comme une « composition », en jouant sur la marqueterie en laiton et marbre du sol, et l’agencement méticuleux des meubles.
Face à l’ampleur du projet, le directeur de la firme allemande, M. Trüggelmann, se rendit personnellement en Californie pour finaliser les termes du contrat. Cependant, malgré tous leurs efforts, celui-ci ne fut jamais signé. Peu de temps après, le maître d’ouvrage, frappé de plein fouet par le krach boursier de 1987, perdit une part considérable de sa fortune à Wall Street, ce qui entraîna l’annulation du projet.
Cet échec marqua un tournant dans la vie d’Ali Adeli. Profondément bouleversé, il choisit de quitter définitivement les États-Unis pour retourner en Suisse. Ce retour ne fut pas seulement géographique ; il constitua une véritable révolution intérieure, une réadaptation d’ordre économique et personnel qui allait redéfinir son parcours.
GÉOMÉTRIES CRÉATIVES : L’INNOVATION D’ALI ADELI (1988 – 1991)
À partir de ses expériences et inspirations, Ali Adeli a progressivement développé une approche artistique qui fusionne les principes rigoureux de l’architecture avec l’expression fluide et dynamique de l’art abstrait. Son travail s’est notamment orienté vers une série de tableaux qui réinventaient la notion de perspective et d’espace. Plutôt que de suivre les conventions classiques de la peinture, il a choisi de baser ses compositions sur des formes géométriques, en particulier des cubes et d’autres éléments en trois dimensions, créant ainsi une illusion de profondeur et de mouvement.
L’originalité de ses œuvres réside dans le fait que la forme même du tableau devenait une partie intégrante de la composition. En éliminant le cadre traditionnel, il donnait à chaque pièce une identité visuelle unique, où la structure et la forme ne se limitaient pas à l’intérieur du tableau, mais s’étendaient au-delà. Cette démarche, inspirée par son expérience en architecture, visait à offrir une expérience immersive, où l’œuvre d’art devient une composante dynamique de l’espace qu’elle occupe.
Ali Adeli avait pour principe de travailler chaque tableau à partir de supports spécifiques en bois MDF, qu’il commandait sur mesure auprès de menuisiers locaux. Chaque support était minutieusement préparé, comme un carrossier préparant une voiture avant d’appliquer sa peinture. L’artiste utilisait ensuite une technique de laquage minutieuse, en appliquant plusieurs couches de couleurs soigneusement choisies. Avant cela, il esquissait ses compositions graphiques avec précision pour que chaque tableau soit conçu de manière structurée, mais aussi fluide dans son expression visuelle.
Ce processus particulier permettait à ses œuvres de créer une expérience visuelle qui effaçait les frontières entre l’art et l’architecture. Par un subtil jeu de couleur et de composition architecturale, il réussissait à conférer à chaque œuvre une sensation de mouvement de trompe l’œil tout en instaurant un dialogue avec l’espace qui l’entoure. Chaque tableau devenait un point focal qui, par sa perspective et sa profondeur, engageait le spectateur dans un jeu constant de perception.
Ce travail de laque, exécuté avec une précision inégalée, conférait à chaque tableau une brillance unique. Cette qualité particulière rendait l’œuvre vivante, modifiant son aspect et son intensité en fonction de l’angle sous lequel elle était observée ou de sa position contre le mur, enrichissant ainsi l’expérience du spectateur. Cette interaction constante avec l’espace permettait à l’art de s’intégrer harmonieusement à son environnement, offrant une nouvelle dimension à la perception de l’espace intérieur.
Ali Adeli ne se contentait pas de créer des œuvres d’art autonomes : il percevait chaque objet décoratif, qu’il s’agisse de miroirs, de tables ou de luminaires, comme un support pour ses explorations géométriques. Son objectif était clair : conférer à chaque objet du quotidien la même force visuelle et la même empreinte esthétique que ses tableaux. Il souhaitait que chaque pièce, quelle que soit sa fonction, soit immédiatement reconnaissable comme une œuvre signée Adeli. Son ambition ne se limitait pas à la création d’objets décoratifs, mais visait à insuffler à l’espace un langage visuel cohérent et unique, fusionnant art et design dans une expérience unifiée.
Cette fusion entre architecture, design et art a permis à Ali Adeli de créer un univers esthétique où chaque élément, qu’il soit utilitaire ou purement décoratif, trouve sa place dans une composition globale. Ainsi, il transforma des objets quotidiens en véritables œuvres d’art fonctionnelles, où forme et beauté se rencontrent. Son travail redéfinissait l’espace intérieur en y apportant une nouvelle dimension artistique, tout en ancrant son propre langage visuel dans chaque pièce. Grâce à cette approche, il a donné à ses créations une place pérenne dans le monde de l’art et du design, les rendant intemporelles et uniques.
En hommage à Ali Adeli, ce site a été crée par Siavosh Adeli, son fils aîné. Tout comme son père, Siavosh Adeli a poursuivi une carrière dans l’architecture d’intérieur et le design, perpétuant ainsi l’héritage créatif de son père.
Ce récit a été puisé dans les archives, documents, photographies, ainsi que de nombreux témoignages familiales.
À travers ce récit et ces oeuvres, Siavosh Adeli a voulu mettre en lumière la fascinante carrière artistique de son père ainsi que donner accès à l’art d’Ali Adeli aux générations à venir…