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HISTOIRE DE L'ARTISTE

INTRODUCTION

Ali Adeli fut l’un des artistes les plus surprenants du 20e siècle, imposant sa signature raffinée à travers des domaines variés de l’art graphique, le design et l'architecture. Son parcours rocambolesque, intercontinental et chargé de mystère, fut marqué par un destin à la fois fascinant et tragique.

On disait de lui qu’Ali Adeli était un artiste aux multiples facettes. Mais peut-on vraiment réduire son génie à mille facettes ?

Diplômé des Beaux Arts et de l’École des Arts Décoratifs de Téhéran en architecture d’intérieur, il se distingue rapidement dans le monde artistique de la capitale iranienne.

Repéré par la famille royale, il se voit confier des projets d'envergure entre restaurants, villas, hopitaux et palais. Tout semblait lui sourire, jusqu'à ce que la révolution islamique de 1979 et le renversement du Shah bouleverse tout. Ali Adeli quitte l’Iran, fuyant à travers le monde avec un faux passeport. Après un périple éprouvant, il trouve refuge en Suisse.

En 1982, installé à Genève avec sa femme et son fils de 8 ans, il devient entre autre designer pour Murano Glass, fournisseur de verre de renom. Mais c’est en 1986, après la naissance de son deuxième fils, lorsqu’il s'envole pour les États-Unis, que sa carrière prend une nouvelle dimension. Il réalise des projets d'architecture d’intérieur, collabore avec des décorateurs de films hollywoodiens et conçoit même des limousines pour des maisons spécialisées.

Pourtant, dans la vie d’Ali Adeli, les révolutions n’étaient pas seulement politiques, elles étaient aussi économiques. Le krach boursier de 1987 lui coûte entre autre un contrat pharaonique ainsi que d'autres projets d’envergure. Marqué par ces déceptions américaines, il retourne s’installer avec sa famille en Suisse, à Fribourg, et y ouvre son atelier qui fera aussi office de galerie. C’est là, dans l’intimité de son atelier, qu’il forge un nouveau style.

Entre 1988 et 1992, Ali Adeli crée une ligne d'oeuvres géométriques uniques, qu’il présente sous la marque "Adeli Création". Son travail transcende les limites traditionnelles de l’art, fusionnant des éléments d’architecture et de design dans des objets du quotidien tels que des tables, miroirs, chaises et luminaires. Ces créations attirèrent l’attention des industriels, qui lui commanderont entre autre des designs de plafonds métalliques, de salles de bain et d’autres éléments décoratifs.

En 1993, toujours en quête de nouveaux défis et mû par le désir de retrouver ses racines, Ali Adeli retourne en Iran. Dans un pays en pleine transformation après des années de guerre avec l'Irak, il reprend son activité d’architecte et supervise la réalisation de la tour Park Miniature dans le fameux quartier de Fereshteh à Téhéran.

Mais ce retour en Iran, s'il fut réussi professionnellement, fut également la dernière escale de son tumultueux et génial parcours. C'est ainsi que le 26 septembre 1997, il décède tragiquement dans un accident de voiture à l’âge de 51 ans.

Si sa vie s’est brutalement interrompue, son art continue de rayonner. Sa philosophie, sa créativité sans limites et sa quête de perfection demeurent des témoignages vivants de son génie. Comme il le disait souvent "une grande confiance en moi et un travail de qualité". Avec Ali Adeli, l’imprévu était une constante. Il nous a appris qu’aucune frontière n’était trop haute pour l'art.

ALI ADELI : UNE VIE D'ART, DE DESIGN ET D'ARCHITECTURE

JEUNESSE ET PREMIÈRE VOCATION ARTISTIQUE (1946 – 1966)

Ali Adeli naquit le 28 avril 1946 à Téhéran, dans une famille nombreuse. Il grandit aux côtés d’un frère aîné et de cinq sœurs, sous l’autorité d’un père militaire et d’une mère au foyer. Dès l’âge de huit ans, il se passionne pour le dessin. Cependant, son père, désapprouvant cette vocation, le décourageait constamment, convaincu qu’une carrière artistique n’offrait aucun avenir. Cette opposition se renforça lorsque son frère aîné, sans le même talent, tenta la peinture et, confronté à l’échec, fut renvoyé de l’École des Beaux-Arts, abandonnant définitivement cette voie. Cette expérience conforta leur père dans sa conviction que l’art n’était pas une carrière viable.

À l’âge de seize ans, malgré l’opposition paternelle, Ali intégra l’École des Beaux-Arts de Téhéran. Un an plus tard, à dix-sept ans, la mort prématurée de son père, emporté par une crise d’asthme, bouleversa la famille. Son frère aîné ayant quitté le foyer, Ali dut assumer la lourde responsabilité de prendre en charge sa mère et ses cinq sœurs. Pourtant, il persista dans ses études. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il travailla dans divers ateliers de peinture, où il eut l’opportunité de côtoyer des artistes renommés de Téhéran. Grâce à son travail acharné et à sa passion, il obtint le premier prix dans plusieurs disciplines de son école, notamment en peinture, sculpture et miniature.

 

LES ARTS DÉCORATIFS (1966-1970)

Mais un diplôme des Beaux-Arts de Téhéran ne suffisait pas à Ali Adeli. Il décida de poursuivre ses études à l’École des Arts Décoratifs, dans la section architecture d’intérieur. Tout en étudiant l’architecture, il continua de peindre, participant à diverses expositions et galeries. En 1970, à la fin de ses études, il remporta le premier prix du concours "Création artistique des palais des jeunes", une distinction prestigieuse qui lui valut d’être nommé professeur de peinture à l’École des Arts Décoratifs à l’âge de vingt-quatre ans.

SERVICE MILITAIRE ET PREMIÈRE RÉUSSITE PROFESSIONNELLE (1970-1974)

En 1970, après avoir achevé ses études, Ali Adeli effectua son service militaire. Six mois plus tard, il se distingua à nouveau par son talent, et les officiers, impressionnés, le désignèrent chef d’un projet architectural pour une base militaire destinée au ministre de la Défense.

En 1972, il rejoignit le cabinet de Ghiaï, l’un des architectes les plus prestigieux de Téhéran, qui détenait la majorité des grands projets, notamment pour la famille royale. Là, ses talents exceptionnels ne passèrent pas inaperçus. Il attira rapidement l’attention de la monarchie, notamment grâce à une de ses œuvres : une perspective de projet pour l’un des palais les plus importants de l’époque. Le Shah d’Iran en fut tellement séduit qu’il choisit de conserver le dessin original dans son bureau personnel, où il disait l’admirer plusieurs fois par jour.

Cette reconnaissance royale constitua un tournant majeur dans sa carrière. Parallèlement, Ali Adeli devint conseiller artistique et architecte d’intérieur au sein du bureau de Ghiaï, où il imprima sa marque personnelle sur plusieurs projets emblématiques.

Sa vision et son expertise apportèrent une nouvelle dimension à l’architecture intérieure, alliant fonctionnalité et esthétique avec un sens aigu du détail. Cela renforça sa réputation au sein des plus hautes sphères de la société iranienne.

 

L'OUVERTURE DE SON PROPRE BUREAU ET LA RENCONTRE ROYALE (1974 - 1979)

En 1974, l'année de la naissance de son premier fils, il rencontra Firouz Anssari, le fils d'un ambassadeur iranien proche de la famille royale. Ensemble, ils ouvrirent un bureau d’architecture d’intérieur, le premier s’occupant des relations d’affaires et Ali Adeli des projets. Leur bureau connut un succès fulgurant, obtenant des mandats prestigieux, y compris des villas et un grand palais pour la famille royale.

LA RENCONTRE ROYALE ET LA RÉVOLUTION (1979-1980)

Une rencontre exceptionnelle allait transformer la vie d'Ali Adeli. Lors de la présentation d’une villa, la sœur aînée du Shah, Shams Pahlavi, était présente en personne. Émerveillée par l'architecture innovante de la villa, elle demanda à rencontrer l'architecte en personne. Alors qu'Ali Adeli supervisait les derniers détails dans le jardin, il fut invité à se présenter à elle. Cette rencontre aurait dû marquer un tournant décisif dans sa carrière. En effet, impressionnée par son travail, Shams Pahlavi lui proposa de prendre en charge plusieurs projets d'envergure, dont la construction de dix villas destinées à ses invités à Tchalousse. Avant de monter dans son hélicoptère, elle lui serra la main et exprima son enthousiasme à l’idée de collaborer avec un architecte d’intérieur talentueux d’origine perse, précisant qu’elle comptait remplacer les architectes italiens avec lesquels elle collaborait jusque-là.

Cependant, la Révolution islamique de 1979 bouleversa radicalement sa vie et sa carrière. Le Shah Mohammad Reza Pahlavi fut renversé, et la situation politique et sociale de l’Iran changea profondément, mettant brutalement fin à tous ses projets et ses collaborations.
L’EXIL ET LA RENAISSANCE ARTISTIQUE (1981-1983)

La guerre Iran-Irak poussa Ali Adeli à fuir son pays en 1981. Son voyage le mena de Karachi à Londres, puis à Rome, où il retrouva Firouz Anssari, son ancien associé, qui, de son côté, avait quitté l'Iran juste après le départ en exil du Shah. Ce fut le début d'un nouveau chapitre pour l'artiste, marquant une rupture définitive avec son passé, prêt à reconstruire sa carrière et à offrir au monde son art unique.

NOUVELLE VIE EN SUISSE & DESIGN POUR MURANO GLASS (1982-1983)

En 1982, Ali Adeli s’installa à Genève et entama une collaboration avec une entreprise spécialisée dans la conception et la fourniture de produits en Murano Glass, ainsi que dans la réalisation de projets d’architecture d'intérieur destinés à une clientèle aussi bien suisse que du Moyen-Orient.

Bien qu’il n’eût aucune expérience dans la création de lampes ou de chandeliers, il saisit l'opportunité de cette collaboration, qui dura près de 3 ans, comme un défi pour repousser les limites de sa créativité. À chaque projet, il alliait habilement savoir-faire technique et imagination, concevant des modèles à la fois innovants, élégants et raffinés. Ses créations, sublimées par un jeu subtil de lumière et de formes, rencontrèrent un succès grandissant.

Un jour, dans le cadre de sa collaboration, il reçut une commande inattendue, celle réaliser le portrait du roi d'Arabie Saoudite Fahd ben Abdelaziz Al Saoud, avec la Mecque en arrière-plan. Bien que la commande fut honorable, Ali Adeli décida, une fois l'œuvre terminée, de ne pas la vendre. Il estima que l’œuvre n’était pas complètement aboutie à ses yeux et préféra la garder plutôt que de la céder.

UN NOUVEAU TOURNANT À FRIBOURG (1984)

En 1984, un appel d’un ancien collègue de l’École des Beaux-Arts vint bouleverser son quotidien. Celui-ci lui proposa de le remplacer au sein d’une société iranienne à Fribourg en tant que conseiller artistique pour un projet de livre, car il était retenu en Iran pour d’autres affaires. Ali Adeli accepta la proposition, motivé par le désir d’aider son ami et par la confiance personnelle qu’il lui accordait.

Il quitta Genève pour s’installer à Fribourg avec sa famille. Même si sa collaboration avec cette entreprise ne dura qu’une année, ce transfert marqua quand même un tournant dans sa vie, cette ville devenant plus tard là ou sa famille s’épanouira à long terme.

 

EXPLORATION AMÉRICAINE ET RETOUR EN SUISSE (1985)

En 1985, animé par le désir d’explorer de nouvelles opportunités et de développer sa carrière, Ali Adeli décida de partir à la conquête de l'Amérique. Grâce à un réseau de connaissances entre Washington et la Californie, il entrevoyait des possibilités fascinantes pour son art. Il se rendit d'abord seul à Washington pour évaluer le marché et découvrir l'ambiance américaine.

Plus tard sa famille le rejoignit en Californie, mais très vite une nouvelle autant heureuse qu'imprévue modifia les plans. Sa femme était enceinte de leur deuxième enfant. C'est donc qu'après seulement trois mois passés aux Etats-Unis, ils prirent la décision de retourner en Suisse afin que sa femme puisse donner naissance dans un environnement plus sûr et familier.

De retour à Fribourg en octobre 1985, Ali Adeli commença une série de tableaux à l’huile, empreints de la sensibilité et de l'émotion de cette période marquante. Ce retour en Suisse, propice à la tranquillité et à la créativité, signa une nouvelle étape dans son parcours, où l'art et la famille se mêlaient harmonieusement.

A LA CONQUÊTE DE L’AMÉRIQUE (1986 – 1987)

En avril 1986, après la naissance de son deuxième fils Kourosh, Ali Adeli prit la décision de repartir aux États-Unis, seul, dans le but de relancer sa carrière dans l’architecture d’intérieur et le design. Il envisageait de faire des allers-retours entre la Suisse et les États-Unis, séparant ses projets professionnels sur un continent et sa famille sur l’autre.

A Los Angeles, plusieurs entreprises montrèrent rapidement un vif intérêt pour son travail, renforçant ainsi son choix de se lancer aux États-Unis. Les opportunités qui s’offraient à lui semblaient bien plus prometteuses qu’en Suisse.

L’une des premières rencontres professionnelles marquantes d’Ali Adeli en Californie fut avec la société de J.P. Barich et Suzanne Dahl, spécialisée dans les décors pour Hollywood. Ils lui confièrent la création de quatre décors pour des films, ainsi que pour la célèbre série télévisée Dynastie. Ses créations furent rapidement perçues comme des œuvres d’art, et il fit de cette approche sa marque de fabrique : l’art appliqué à l’architecture.

Les projets qu’il réalisa pour Barich & Dahl furent imprimés dans le catalogue officiel de l’entreprise, diffusé sur toute la côte ouest des États-Unis, et contribuèrent à accroître sa renommée.

Plus tard dans l’année, Ali Adeli fait la connaissance de l’entreprise spécialisée Walter Jenkins. via Barich & Dahl, qui lui confie un défi audacieux, à savoir réinventer la Lincoln Continental en trois versions uniques.

Impressionné par son expertise, le responsable de l’entreprise lui proposa de relever ce défi. Bien qu’il n’ait aucune expérience dans le domaine automobile, Ali Adeli accepta, convaincu que tout grand designer doit être capable de créer dans n’importe quel secteur. Il se lança ainsi dans ce projet, alliant créativité et innovation pour redéfinir un symbole du luxe américain.

Il conçoit ainsi :

– Une limousine allongée, majestueuse, destinée aux plus grandes personnalités.
– Un coupé de ville, où l’élégance d’un toit ouvert séduit les passagers.
– Un landaulet, fusionnant raffinement et luxe pour les événements prestigieux.

Grâce à sa vision unique, Ali Adeli transforma la Lincoln Continental en une véritable œuvre d’art roulante, confirmant ainsi son talent dans des domaines aussi variés que l’architecture, le design et l’automobile.

Les propositions se succédaient, chacune dans un domaine différent, ce qui stimulait constamment sa créativité. Après les limousines, la galerie « Angel International Fine Art Inc. » de Los Angeles lui commanda la réalisation d’une cinquantaine de tableaux numérotés en édition limitée, inspirés d’un dessin Art Déco existant. L’œuvre, intitulée L’Homme et la Femme, était réalisée sur un support en bois, laqué ensuite en noir. Une fois la composition achevée, il recouvrait certaines parties de feuilles d’or et d’argent, en harmonie avec d’autres teintes. Les parties blanches en dégradé étaient composées de coquilles d’œufs, une technique innovante qu’il appréciait particulièrement.

Ces nouveaux défis artistiques, ainsi que l’exploration de techniques et de matériaux inédits, lui apportèrent une grande satisfaction. En moins d’un an, tous ces projets furent réalisés. Cependant, l’éloignement constant de sa famille et le rythme effréné de ses voyages commencèrent à le faire douter.

C’est à ce moment qu’il rencontra un homme d’affaires iranien, qui lui proposa de concevoir l’intérieur de son appartement dans le luxueux Wilshire House à Beverly Hills. Nombre des appartements de cet immeuble étaient occupés par des célébrités hollywoodiennes.

Ce projet représentait une occasion en or, et les honoraires potentiels étant considérables, il fut motivé à continuer ses allers-retours entre l’Amérique et la Suisse. En seulement un mois, il conçut les plans de l’appartement et conclut un accord avec la firme allemande Trüggelmann pour le mobilier. Il pensa l’espace comme une « composition », en jouant sur la marqueterie en laiton et marbre du sol, et l’agencement méticuleux des meubles.

Face à l’ampleur du projet, le directeur de la firme allemande, M. Trüggelmann, se rendit personnellement en Californie pour finaliser les termes du contrat. Cependant, malgré tous leurs efforts, celui-ci ne fut jamais signé. Peu de temps après, le maître d’ouvrage, frappé de plein fouet par le krach boursier de 1987, perdit une part considérable de sa fortune à Wall Street, ce qui entraîna l’annulation du projet.

Cet échec marqua un tournant dans la vie d’Ali Adeli. Profondément bouleversé, il choisit de quitter définitivement les États-Unis pour retourner en Suisse. Ce retour ne fut pas seulement géographique ; il constitua une véritable révolution intérieure, une réadaptation d’ordre économique et personnel qui allait redéfinir son parcours.

 

RETOUR A FRIBOURG & L'OR DANS L'ART (1987 - 1988)

De retour en Suisse, influencé par sa femme, Ali Adeli décida de mettre de côté l'architecture pour se concentrer à nouveau sur son art. Cependant, il ne savait pas par où recommencer, et une nouvelle période de lutte et de remise en question débuta pour lui. Mais, fort de la confiance qu’il avait en ses talents, il songea à ouvrir une galerie où il pourrait exposer ses œuvres tout en aménageant un coin atelier pour travailler.

Non loin du musée d'Art et d'Histoire, et à proximité de la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg, il loua un local pour y travailler et exposer ses créations.

Afin d'animer les murs en attendant la naissance de ses futures œuvres, il décida d'exposer, lors de l'inauguration, ses plus beaux tableaux à l'huile, réalisés pendant les neuf mois de grossesse de sa femme, avant son départ pour les États-Unis.

Parmi les cinquante tableaux intitulés Homme & Femme qu'il avait créés en édition limitée pour la galerie "Angel" à Los Angeles, il en ramena deux en Suisse pour les exposer dans sa galerie. Ces pièces furent également présentées dans l'espace d'exposition.

Pendant la production de ces œuvres aux États-Unis, Ali avait profité d’un week-end pour réaliser un tableau basé sur des motifs géométriques, utilisant les mêmes techniques que pour Homme & Femme. Ce tableau, qu'il considérait comme l'un de ses préférés, fut accroché à l'entrée de sa galerie.

Toujours avide de découvrir de nouvelles techniques, Ali se lança ensuite dans la réalisation d’un bas-relief en plâtre représentant l'image d'une femme. Inspiré de ses tableaux Homme & Femme et stylisé dans un esprit Art Déco, ce bas-relief fut entièrement recouvert de feuilles d’or. Il le baptisa L'Image d'une femme en or.

Ali poursuivit ses créations en continuant d'explorer l'univers Homme & Femme, utilisant les mêmes matériaux : coquilles d'œufs, feuilles d’or ou d’argent, peinture pulvérisée à l’aide d’un pistolet ou appliquée à la brosse.

Les premiers mois furent difficiles. Peu de gens osaient franchir les portes de la galerie, et sur le plan économique, les choses n’étaient pas faciles pour lui et sa famille. Mais rien ne pouvait arrêter cet homme déterminé. Il continua de travailler sans relâche, souvent jusqu'à douze heures par jour, esquissant, créant et expérimentant sans cesse de nouveaux matériaux dans son atelier.


PREMIER CLIENT FRIBOURGEOIS (1988)

Son premier client fut un architecte suisse qui, parmi tous les tableaux, choisit celui avec des motifs géométriques, suspendu à l'entrée de la galerie.

À partir de ce moment, sa motivation artistique se tourna vers la géométrie et la cinétique, inspiré par l’un de ses peintres préférés, Victor Vasarely. Il se lança ainsi dans la réalisation d’un autre bas-relief, toujours en plâtre. Ce bas-relief allait devenir, sans qu’il en ait pleinement conscience au début, la pièce maîtresse de toutes ses futures créations : le symbole du "Cube".

Une nouvelle génération de tableaux et de miroirs artistiques, sous le logo "Adeli Création", allait ainsi voir le jour, inspirée par le "Cube".

GÉOMÉTRIES CRÉATIVES : L’INNOVATION D’ALI ADELI (1988 – 1991)

À partir de ses expériences et inspirations, Ali Adeli a progressivement développé une approche artistique qui fusionne les principes rigoureux de l’architecture avec l’expression fluide et dynamique de l’art abstrait. Son travail s’est notamment orienté vers une série de tableaux qui réinventaient la notion de perspective et d’espace. Plutôt que de suivre les conventions classiques de la peinture, il a choisi de baser ses compositions sur des formes géométriques, en particulier des cubes et d’autres éléments en trois dimensions, créant ainsi une illusion de profondeur et de mouvement.

L’originalité de ses œuvres réside dans le fait que la forme même du tableau devenait une partie intégrante de la composition. En éliminant le cadre traditionnel, il donnait à chaque pièce une identité visuelle unique, où la structure et la forme ne se limitaient pas à l’intérieur du tableau, mais s’étendaient au-delà. Cette démarche, inspirée par son expérience en architecture, visait à offrir une expérience immersive, où l’œuvre d’art devient une composante dynamique de l’espace qu’elle occupe.

Ali Adeli avait pour principe de travailler chaque tableau à partir de supports spécifiques en bois MDF, qu’il commandait sur mesure auprès de menuisiers locaux. Chaque support était minutieusement préparé, comme un carrossier préparant une voiture avant d’appliquer sa peinture. L’artiste utilisait ensuite une technique de laquage minutieuse, en appliquant plusieurs couches de couleurs soigneusement choisies. Avant cela, il esquissait ses compositions graphiques avec précision pour que chaque tableau soit conçu de manière structurée, mais aussi fluide dans son expression visuelle.

Ce processus particulier permettait à ses œuvres de créer une expérience visuelle qui effaçait les frontières entre l’art et l’architecture. Par un subtil jeu de couleur et de composition architecturale, il réussissait à conférer à chaque œuvre une sensation de mouvement de trompe l’œil tout en instaurant un dialogue avec l’espace qui l’entoure. Chaque tableau devenait un point focal qui, par sa perspective et sa profondeur, engageait le spectateur dans un jeu constant de perception.

Ce travail de laque, exécuté avec une précision inégalée, conférait à chaque tableau une brillance unique. Cette qualité particulière rendait l’œuvre vivante, modifiant son aspect et son intensité en fonction de l’angle sous lequel elle était observée ou de sa position contre le mur, enrichissant ainsi l’expérience du spectateur. Cette interaction constante avec l’espace permettait à l’art de s’intégrer harmonieusement à son environnement, offrant une nouvelle dimension à la perception de l’espace intérieur.

Ali Adeli ne se contentait pas de créer des œuvres d’art autonomes : il percevait chaque objet décoratif, qu’il s’agisse de miroirs, de tables ou de luminaires, comme un support pour ses explorations géométriques. Son objectif était clair : conférer à chaque objet du quotidien la même force visuelle et la même empreinte esthétique que ses tableaux. Il souhaitait que chaque pièce, quelle que soit sa fonction, soit immédiatement reconnaissable comme une œuvre signée Adeli. Son ambition ne se limitait pas à la création d’objets décoratifs, mais visait à insuffler à l’espace un langage visuel cohérent et unique, fusionnant art et design dans une expérience unifiée.

Cette fusion entre architecture, design et art a permis à Ali Adeli de créer un univers esthétique où chaque élément, qu’il soit utilitaire ou purement décoratif, trouve sa place dans une composition globale. Ainsi, il transforma des objets quotidiens en véritables œuvres d’art fonctionnelles, où forme et beauté se rencontrent. Son travail redéfinissait l’espace intérieur en y apportant une nouvelle dimension artistique, tout en ancrant son propre langage visuel dans chaque pièce. Grâce à cette approche, il a donné à ses créations une place pérenne dans le monde de l’art et du design, les rendant intemporelles et uniques.

 

EXPOSITIONS EN SUISSE ET COLLABORATIONS INDUSTRIELLES (1991 - 1993)

Durant les mois suivants, Ali Adeli participa à plusieurs expositions en Suisse, où il offrit au public une expérience visuelle unique. Ces événements lui permirent de partager sa vision géométrique tout en attirant une clientèle privée, chaque œuvre devenant un ajout précieux à l'aménagement intérieur.

Ses expositions attirèrent notamment l'attention d'industriels du secteur architectural. Il fut entre autre sollicité pour concevoir des éléments tels que des plafonds métalliques, des parois murales et des armoires métalliques pour l'entreprise Godel, intégrant ses créations géométriques dans des espaces de bureaux.

Ali Adeli collabora également avec des entreprises renommées suisse, comme Franke pour des aménagements de salles de bains et Galvolux pour des miroirs. En alliant beauté visuelle et praticité, il parvint à redéfinir l'espace intérieur, transformant son art en éléments fonctionnels tout en conservant son empreinte créative.
LE RETOUR EN IRAN, DERNIERE ESCALE AVANT LE DRAME (1993 - 1997)

Entre 1993 et 1997, après douze ans d'absence, Ali Adeli fit son grand retour en Iran, un pays en pleine phase de reconstruction après la guerre Iran-Irak. Sous la présidence de Rafsanjani, des efforts économiques et de modernisation étaient déployés, offrant un terrain fertile pour de nouveaux projets. C’est dans ce contexte qu’Ali Adeli récupéra son passeport iranien à l’ambassade d’Iran à Berne et rentra au pays, résolu à relancer sa carrière.

Son arrivée ne passa pas inaperçue. Il fut rapidement repéré par deux promoteurs impliqués dans un projet ambitieux : la construction d’une tour de 13 étages dans le quartier huppé de Fereshteh, à Téhéran. Le projet en était encore à la phase des fondations lorsque les promoteurs prirent la décision radicale de rompre leur contrat avec l’architecte initial pour confier l’ouvrage à Ali Adeli. Bien que l’empreinte de l’immeuble soit restée fidèle au dessin originel, il réinventa totalement la façade et le design intérieur des étages, y imprimant sa touche unique. Le projet fut baptisé "Park Miniature".

Son bureau technique fut installé au rez-de-chaussée de la tour en construction, et, au fil des années, il se consacra pleinement à ce projet. En parallèle, il supervisa la création de deux penthouses distincts pour les deux promoteurs, situés au sommet de la tour. Aujourd’hui, après tant d'années, la tour demeure l'une des plus emblématiques de Téhéran.

Ce fut là son dernier projet d’envergure. En septembre 1997, quelques semaines avant la fin des travaux, un tragique accident de voiture, survenu sur la route entre Téhéran et Hamadan, au nord-ouest de l’Iran, mit un terme brutal à son parcours. Sa femme et ses deux fils, âgés de 11 et 23 ans, endeuillés en Suisse, furent laissés dans la douleur. Son destin se scella en un instant, comme il l’avait toujours souhaité : une mort rapide et soudaine, sans souffrance.
L'INTEMPORALITÉ DE SON ART : L'HÉRITAGE D'ALI ADELI

Les deux penthouses furent achevés après sa disparition, sous la supervision du reste de l’équipe, témoignant de l’empreinte indélébile de son génie créatif. Le projet de la tour, auquel Ali Adeli consacra une grande partie de ses dernières années, se poursuivit, mais le monde perdit un visionnaire dont l’héritage perdure aujourd’hui, en tant que grand artiste ayant vécu une vie incroyable, marquée par sa créativité et son audace.

Parallèlement à sa carrière architecturale, Ali Adeli laissa également un riche héritage artistique. Outre une majorité de ses œuvres éparpillés dans le monde, une partie de ses créations sont précieusement conservées par sa famille. Parmi elles, certaines de ses créations géométriques ainsi que ses toiles peintes à travers le temps. Aujourd'hui encore, que ce soit en Suisse ou ailleurs, son art continue de refléter sa sensibilité unique et de toucher ceux qui ont l'opportunité d'en faire l’expérience.







En hommage à Ali Adeli, ce site a été crée par Siavosh Adeli, son fils aîné. Tout comme son père, Siavosh Adeli a poursuivi une carrière dans l’architecture d’intérieur et le design, perpétuant ainsi l’héritage créatif de son père.

Ce récit a été puisé dans les archives, documents, photographies, ainsi que de nombreux témoignages familiales.

À travers ce récit et ces oeuvres, Siavosh Adeli a voulu mettre en lumière la fascinante carrière artistique de son père ainsi que donner accès à l’art d’Ali Adeli aux générations à venir…